Jean Foucault

Les haïkus des haies

Auteur : Jean Foucault

Les Haïkus des haies

 

Extrait de la préface de Jean-François Lavallard

Quand la haie fait partie du paysage, ce peut être rassurant parce qu’elle marque la présence de l’homme. C’est, en quelque sorte, sa signature du tableau-paysage, avec le besoin obsessionnel de maîtriser la croissance du végétal et de le mettre dans le rang en réprimant tout ce qui dépasse, déborde et le submerge. Or, il suffit seulement d’un peu du temps qui passe pour que la haie (re)prenne le dessus et (re)pousse ses limites hors des sentiers battus dans le dos des humains. On dit alors que la nature reprend ses droits.

Frontière intérieure d’un monde herbeux avec ses trognes, ses « têtards » récalcitrants, ses estropiés aux jambes torses et aux troncs martyrisés, décapités, manchots des branches mais jamais cul-de-jatte, à cause des racines. Oui, la haie sinistrée parfois, mais nullement vaincue, protéiforme, anthropo et zoomorphe, familièrement monstrueuse, alignement végétal supplicié pour quelle rédemption et pour quel partage de l’espace, au service d’un parcellaire lisible pour l’autochtone mais difficile à pénétrer pour le voyageur.

Rempart végétal, sa verticalité nargue l’horizon et courtise le ras des pâquerettes, avec la peur panique du vide et de la trouée. En concurrence déloyale avec le fil de fer barbelé qu’elle colonise, vaillante face au vent, les pieds dans l’eau avec bonheur mais soumise au feu et meurtrie par l’homme et sa panoplie d’outils, qui maintenant ose se soucier de son avenir ? Entre deux haies saignées à blanc, la prairie devient champ cultivé et le chemin se transforme en route goudronnée.

Avec ses instantanés de la pellicule, avec ses aphorismes en forme de haïkus, ses formules magiques et ses raccourcis fulgurants, avec un sens aigu du « donner à voir » par le juste choix du mot, avec son questionnement faussement naïf et ses affirmations qui frôlent le doute, Jean Foucault parvient à nous faire « toucher des yeux » la réalité de ce réservoir de vie, enchevêtrement utile et beau.

  • « Les haïkus des haies »
  • Collection « Liberté sur parole » (Volume 11)
  • Textes : Jean Foucault
  • Photos : Jean Foucault
  • Préface : Jean-François Lavallard
  • 68 pages - format 14,5 cm x 14,5 cm
  • Prix public : 11 €
  • ISBN : 2-35281-99-9